Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada
Symbol of the Government of Canada

Liens de la barre de menu commune

Les feux de forêt

La régénération naturelle

Le 20 août 2010 – En moyenne, le feu détruit 2,8 millions d'hectares de forêt chaque année au Canada, ce qui équivaut à cinq fois la superficie de l'Île-du-Prince-Édouard. Bien que les feux de forêt soient mal perçus, ils peuvent constituer un élément sain de l'écologie forestière du fait qu'ils aident à contrôler les populations d'insectes et favorisent la nouvelle croissance. Ils peuvent également donner lieu à la coupe de récupération, une pratique qui consiste à récolter le bois commercial à partir de ce qu'il reste d'un feu.

Après un feu, la forêt boréale est capable de se régénérer de façon naturelle en cinq ans. La combustion lente qui se produit au moment d'un feu forme une mince couche d'humus et un sol minéral à découvert qui constitue un lit de germination optimal pour les espèces boréales à petites semences.

David Greene, chercheur de l'Université Concordia bénéficiant de l'appui du CRSNG, étudie les effets de la récupération sur la forêt boréale en utilisant l'épinette noire comme exemple. Il a choisi cette espèce d'arbre parce qu'elle propage la plupart de ses semences à partir du deuxième été suivant le feu, et ce, jusqu'au quatrième été. Cependant, la coupe de récupération, à la hausse au cours des 15 dernières années, peut avoir un effet sur la régénération. Lorsque l'épinette noire est récupérée immédiatement après un incendie, les branches qui portent les cônes sont transportées vers des piles de résidus le long des chemins forestiers avant que les semences ne puissent être relâchées, ce qui limite le processus naturel de régénération forestière. Laisser les branches du haut sur le sol dans le brûlis retarde grandement la dispersion.

« Pour la plupart des espèces de plantes, la situation n'est pas si problématique puisqu'elles peuvent se régénérer de manière asexuée grâce à des organes souterrains encore vivants. Par contre, on ne peut pas nier le fait que la récupération crée une situation dans laquelle la forêt doit subir deux perturbations importantes en l'espace d'une année ou deux », affirme M. Greene.

Selon le Service canadien des forêts, chaque province détermine ses propres normes en matière de régénération des forêts, que les exploitants doivent respecter. Ces normes tiennent compte à la fois de la plantation, de l'ensemencement et de la régénération naturelle pour assurer la pérennité de leurs forêts. Après un feu, ces pratiques ne changent pas. À l'heure actuelle, si les feux se produisent près des routes, la plupart des provinces obligent les entreprises à faire de la récupération. Toutefois, les zones incendiées se trouvant loin des routes sont souvent épargnées de cette obligation, car les coûts associés à la construction de routes et l'incidence sur l'environnement excèdent souvent la valeur du bois récupéré. Dans ces zones, les arbres viables restent en place et aident à la régénération de la forêt.

M. Greene fait remarquer qu'il existe d'autres façons de parvenir à un équilibre responsable qui favorisera la régénération des forêts. Par exemple, les Cris du centre du Québec ont récemment convaincu des entreprises de procéder à des coupes en mosaïque visant la récupération sélective de manière à laisser environ la moitié des arbres brûlés debout afin de préserver l'ensemencement naturel. Deux autres possibilités, actuellement étudiées au Québec, consistent à retarder la coupe de quelques années, ou à procéder par bandes, en laissant des rangées parallèles d'arbres brûlés, mais non coupés. Cette façon de faire offrirait d'importants avantages sur le plan de la régénération d'espèces comme l'épinette noire et le pin gris, mais permettrait quand même la récupération. Elle profiterait également à certaines espèces de coléoptères qui envahissent rapidement les troncs des arbres brûlés et aux pics qui dépendent de cette ressource.

Comme toutes les provinces se rendent déjà à la limite de leur possibilité annuelle de coupe, elles sont réticentes à renoncer à cette pratique, le bois arsin étant, en un sens, déjà alloué à une entreprise. À ce stade, ce qui compte est de veiller à ce que la régénération se produise. M. Greene dit que les entreprises forestières l'appuient beaucoup dans son travail, car planter dans le brûlis coûte cher et les entreprises souhaitent ne pas avoir à supporter ces coûts.