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Régénération de la cornée

Le 24 septembre 2010 – Une chercheuse canadienne a réalisé une percée révolutionnaire dans le traitement des problèmes de vision graves : elle a mis au point une cornée biosynthétique qui peut aider à restaurer la vision humaine et offrir une option viable aux greffes provenant de donneurs humains. La Dre May Griffith, chercheuse financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), est scientifique principale à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et professeure à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Elle et un collègue chercheur en Suède ont pratiqué la première implantation chirurgicale d’une cornée artificielle qui a stimulé la régénération dans un œil humain.

La cornée est une couche mince et transparente qui recouvre la surface de l’œil. Les maladies oculaires peuvent voiler la cornée, comme le gel sur une fenêtre, et sont une cause courante de cécité. Il y a dix ans, la Dre Griffith et ses collègues ont commencé à mettre au point un implant biosynthétique en utilisant du collagène fabriqué en laboratoire et moulé en forme de cornée qui ressemble à une lentille de contact.

« L’appui du CRSNG, en l’occurrence une subvention de projet stratégique, a été très utile dans les premières phases des travaux, à savoir lors de la rédaction de mes premiers articles avant les essais sur des humains », explique la Dre Griffith.

À l’heure actuelle, les patients souffrant de pathologies oculaires doivent recevoir une greffe provenant d’un donneur humain. Comme dans le cas de la plupart des traitements qui reposent sur les greffes, le nombre de personnes en attente d’une greffe dépasse de loin le nombre de donneurs. Au Canada, le temps moyen d’attente pour recevoir une greffe de la cornée varie de sept mois à trois ans, et la liste d’attente compte actuellement plus de 300 noms. La chirurgie au laser, un traitement populaire chez les personnes qui cherchent à corriger leur vision, a également limité le nombre de cornées utilisables, car la procédure de correction modifie la forme et la résistance de la cornée. Les cornées ainsi traitées conviennent moins aux greffes.

Après des essais approfondis en laboratoire et des chirurgies expérimentales sur des porcs, dont la cornée est semblable à celle de l’homme, la Dre Griffith a commencé à collaborer avec Per Fagerholm de l’Université de Linköping en Suède, où elle est également professeure de médecine régénérative et directrice du Centre de médecine régénérative intégrative.

Les deux chercheurs ont commencé les essais cliniques sur dix patients en Suède qui souffraient de troubles de la vision causés par une cicatrice sur la cornée ou une maladie dégénérative. Chez chaque patient, le tissu endommagé de la cornée a été retiré de l’œil par chirurgie et remplacé par un implant biosynthétique. On a suivi les progrès de la guérison et surveillé les complications potentielles pendant deux ans. Au cours de ce suivi, les chercheurs ont observé que les cellules et les nerfs des tissus restants de la cornée du patient étaient stimulés par l’implant et croissaient sur celui-ci, de sorte à donner une cornée régénérée ressemblant à des tissus sains. Chez neuf des patients, les nerfs et les cellules ont été entièrement régénérés; chez le dixième patient, le processus de régénération a démarré lentement, mais son œil a connu une même régénération. Six des dix patients ont présenté une amélioration de la vision et pouvaient voir les objets quatre fois plus loin qu’avant la chirurgie. Une fois pourvus de lentilles de contact rigides, les dix patients ont tous constaté une amélioration de la vision égale à celle produite par une allogreffe de la cornée.

Autre signe encourageant : les implants cornéens biosynthétiques n’entraînent aucune des complications qui peuvent survenir à la suite d’une greffe. Aucun des yeux des patients n’a rejeté les implants, et il n’y a pas eu de cas d’infection. En outre, aucun des patients n’a eu à prendre de stéroïde immunosuppresseur à long terme et aucun ne s’est plaint de douleurs. La prise de stéroïde immunosuppresseur sur une longue période peut mener à des pathologies telles que le glaucome ou la cataracte.

Il y a plus de dix millions de patients atteints de maladies oculaires qui ne sont pas traités, et un grand nombre de ces derniers souffrira un jour de cécité. Les cornées artificielles pourraient remédier à la pénurie mondiale de donneurs et assurer un approvisionnement constant aux chirurgiens.

La Dre Griffith et ses collègues suédois cherchent maintenant à améliorer leur percée et à produire des cornées plus résistantes en vue des essais futurs sur les patients, y compris les patients à haut risque. Ces travaux sont financés en partie par le Programme de projets de recherche concertée sur la santé du CRSNG et des Instituts de recherche en santé du Canada. Il faudra encore au moins cinq ans de recherche et d’essais avant que les implants ne puissent être utilisés pour le grand public, mais les premiers résultats sont fort prometteurs pour ceux et celles qui ont de sérieux problèmes de vision.