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Un frai succès

Saumons et forêts en symbiose

Lorsque le gouvernement canadien a établi une politique pour la gestion de la pêche au saumon sauvage sur la côte du Pacifique, le ministère des Pêches et des Océans a promis de protéger suffisamment de saumons pour maintenir tous les services que cette espèce fournit à l'ensemble de l'écosystème.

Toutefois, en 2005, lorsque les biologistes ont rédigé le document de politique, ils ne savaient pas exactement en quoi consistaient ces services.

Maintenant ils le savent, en partie grâce au travail de John Reynolds, chercheur appuyé par le CRSNG, et de Rachel Field, étudiante à la maîtrise. Ces deux scientifiques ont effectué des recherches dans 21 estuaires de la forêt pluviale Great Bear et ont découvert que les saumons contribuent énormément à la santé des écosystèmes. D'abord, les nombreux saumons kétas et saumons roses sont une source de nourriture cruciale pour les ours et les loups qui les dévorent pendant le frai. Ensuite, les carcasses laissées derrières profitent à la végétation située à proximité des cours d'eau, aux insectes et même aux oiseaux chanteurs.

« En effet, les carcasses de saumons apportent de l'azote à la végétation bordant les cours d'eau, ce qui fertilise les forêts le long de la côte du Pacifique », explique M. Reynolds, professeur de biologie à la Simon Fraser University et titulaire de la chaire Tom Buell BC Leaderhip Chair in Salmon Conservation.

Lorsque les grizzlis, les ours noirs et les loups mangent les saumons, ils laissent des carcasses le long des rives des estuaires, qui sont des plans d'eau qui connectent les réseaux hydrographiques à l'océan, alors que d'autres carcasses et leurs nutriments sont lessivés vers l'aval. « Les rivières qui accueillent beaucoup de saumons reçoivent un apport de nutriments plus important dans leurs estuaires, l'endroit où plusieurs carcasses aboutissent », ajoute M. Reynolds.

M. Reynolds et Mme Field ont collaboré avec le ministère des Pêches et des Océans et les membres de la Première nation Heiltsuk pour compter les saumons, dont la saison du frai s'étend d'août à novembre. Se déplaçant en bateau, Mme Field et d'autres étudiants diplômés, sous la supervision de M. Reynolds, ont étudié les oiseaux et les plantes le long des forêts qui bordent l'estuaire de chacune des rivières. Ils ont rencontré parfois des ours et des loups qui se nourrissaient de saumons ou ont trouvé des preuves de leur prédation.

Ces chercheurs ont découvert que les estuaires qui accueillent le plus grand nombre de saumons chaque automne abritent également le plus grand nombre d'oiseaux chanteurs au printemps. Cette constatation est restée vraie même lorsqu'ils ont tenu compte de différences telles que la taille des saumons et la composition d'arbres et d'arbustes.

Un grand nombre d'oiseaux migrateurs ne voient jamais les saumons ni leurs carcasses, parce qu'ils arrivent au printemps et en été, tandis que les saumons arrivent à l'automne. Les chercheurs présument que les insectes, qui sont des proies importantes pour les oiseaux chanteurs nicheurs, sont peut-être plus nombreux dans les estuaires enrichis de nutriments provenant des rivières qui accueillent un grand nombre de saumons, ce qui aide à attirer de plus grandes populations d'oiseaux chanteurs.

« Il en résulte que si les populations de saumons devaient décroître, cela pourrait entraîner une chute des populations d'oiseaux chanteurs qui nichent près des estuaires », explique M. Reynolds. Les travaux de M. Reynolds et Mme Field pourraient avoir une incidence directe sur les politiques qui régissent la façon dont le ministère des Pêches et des Océans gère la pêche au saumon sauvage. « Si les responsables du ministère songent sérieusement à maintenir le rôle que jouent les saumons dans le soutien des écosystèmes, ils devraient alors prendre en considération l'incidence qu'exerce ce poisson sur les autres animaux sauvages », ajoute M. Reynolds.

Depuis le temps où, enfant, il attrapait des têtards et des insectes en banlieue de Toronto, M. Reynolds explore la nature avec passion. Chaque année, il devait aller de plus en plus loin à bicyclette pour trouver les étangs et les champs qu'il aimait explorer. À mesure que les arpenteurs posaient leurs jalons, les espaces verts qu'il parcourait disparaissaient pour faire place à des complexes d'habitations.

« En cinq ans, chaque milieu humide, chaque forêt et chaque champ que j'avais l'habitude d'explorer ont disparu », déplore M. Reynolds. Cette expérience a fait de ce chercheur le protecteur de l'environnement qu'il est aujourd'hui.

« Nous ne pouvons pas passer sous silence les dommages que nous causons à notre environnement, ajoute-t-il. Nous avons tous éprouvé ce sentiment de diverses façons personnelles, et je ne fais pas exception. » Maintenant, ses recherches établissent le fondement de la politique publique qui protégera les espèces et les écosystèmes encore intacts.