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Trouvez l’espèce

Savez-vous réellement ce que vous achetez au rayon des fruits de mer d'une épicerie?

Tout comme le détaillant, vous comptez sur l'étiquette pour obtenir des renseignements exacts. Toutefois, certaines études montrent que dans 25 à 70 p. 100 des cas, l'étiquette de certains poissons, comme le vivaneau rouge, le saumon sauvage et la morue de l'Atlantique, est erronée. Il y a dans la chaîne d'approvisionnement une incitation économique à mal étiqueter les espèces qui sont moins coûteuses. Cette pratique est appelée la substitution de marché ou la fraude alimentaire.

Toutefois, il existe un moyen extrêmement efficace d'identifier les espèces. Il s'agit de l'ADN, qui ne ment pas.

C'est pourquoi de plus en plus d'autorités, notamment la Food and Drug Administration des États-Unis, ont recours à une innovation canadienne, appelée le codage à barres de l'ADN, pour identifier des produits transformés qu'il n'est pas facile d'associer à une espèce à l'aide de moyens traditionnels.

« L'identification des espèces est importante pour de nombreuses raisons parce que la fraude alimentaire est un problème sanitaire et économique. Mais il y a d'autres enjeux dont il faut tenir compte. L'identification des espèces nuisibles envahissantes est la première étape cruciale de la protection de nos ressources agricoles et forestières. C'est pourquoi le catalogage des espèces du monde est important pour protéger la biodiversité », dit Robert Hanner, qui a élaboré les applications de la technologie en collaboration avec son créateur, Paul Hebert, à la University of Guelph.

Le code à barres de l'ADN permet d'identifier une espèce grâce à la reconnaissance de courtes séquences d'ADN qui n'existent que pour cette espèce – tout comme le code à barres d'un emballage est unique pour un produit. Les codes à barres établis à l'aide de spécimens de référence qui ont été identifiés par un expert sont réunis dans une base de données et accompagnés de renseignements (nom, image et lieu où ils ont été trouvés).

Les codes à barres peuvent être obtenus à l'aide de minuscules quantités d'un tissu qui est prélevé à n'importe quel stade de la vie, y compris celui des œufs et des larves. Le spécimen peut être identifié, même s'il est écrasé ou fragmenté. Lorsque l'on établit le profil de ce qu'on appelle les « espèces connues », il n'est pas rare que les codes à barres révèlent l'existence de profondes différences génétiques entre des spécimens que l'on croyait appartenir à la même espèce. Si l'on créait un appareil portatif, tout le monde pourrait avoir facilement accès à cette bibliothèque de la vie pour identifier les espèces.

Ces avantages et d'autres ont incité les scientifiques à se servir des codes à barres de l'ADN pour approfondir les connaissances sur la biodiversité. Les technologies de MM. Hanner et Hebert aident à répondre à l'une des questions les plus fondamentales de la science de la biodiversité – combien d'espèces y a-t-il sur la planète?

Depuis 250 ans, les méthodes scientifiques traditionnelles ont permis de décrire officiellement près de deux millions d'espèces. Selon les estimations, il y aurait entre 10 et 100 millions d'espèces sur la Terre.

« Il s'agit clairement d'un besoin mondial. C'est pourquoi nous avons élargi le projet afin d'y intégrer la création d'un réseau international qui se consacrerait à la mise en place d'une bibliothèque mondiale de codes à barres », ajoute M. Hanner.

En 2005, le Canada a été le premier pays à mettre en place un réseau national dont le mandat était de faire progresser l'identification et la découverte d'espèces grâce au codage à barres de l'ADN. Le Réseau canadien des codes à barres ADN représente la première et la plus grosse « fabrique » de codes à barres du monde. Il démontre la puissance du codage à barres à la communauté scientifique mondiale.

Tout cela a mené à l'élaboration du projet International Barcode of Life (This link will take you to another Web site iBOL), le plus important projet de génomique sur la biodiversité jamais lancé. La réunion inaugurale s'est tenue à Toronto en septembre 2010, dans la Tour CN. À cette occasion, le code à barres de l'ADN du castor canadien a illuminé ce grand monument de notre pays.

Le mouvement international – initié par le Canada – vers le codage à barres des espèces s'intensifie. Actuellement, plus de 8 000 utilisateurs sont inscrits à la base de données des codes à barres, qui est consultée plus de six millions de fois par mois. Plus de 24 pays collaborent pour faire en cinq ans le codage à barres de cinq millions de spécimens qui représentent environ 500 000 espèces.

« Les Canadiens peuvent être fiers du projet scientifique de classe mondiale que nous avons lancé et du leadership que nous exerçons dans cette initiative mondiale », conclut M. Hanner.

Depuis janvier 2012, le projet iBOL est installé au Centre for Biodiversity Genomics qui a été ouvert à la University of Guelph et d'où émanera désormais ce leadership canadien.