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L’odorat, question de culture

La perception olfactive influencée par le bagage culturel et l’information sémantique

Mention de source : Patrick J. Lynch, illustrateur médical, et C. Carl Jaffe, M. D., cardiologue

En présence d’une même odeur, deux personnes peuvent avoir des réactions remarquablement différentes, selon leur bagage culturel. Des chercheurs de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal ont découvert que même lorsque deux cultures ont en commun une langue et un grand nombre de traditions, les réactions aux mêmes odeurs peuvent différer.

En partenariat avec des chercheurs du Centre de recherche en neurosciences de Lyon, en France, la neuropsychologue clinicienne Jelena Djordjevic et son groupe de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal ont testé des sujets au Québec sur leurs impressions subjectives de différentes odeurs, tandis que leurs partenaires en France ont fait de même avec des sujets français. Les chercheurs ont choisi six odeurs : anis, lavande, érable, thé des bois, rose et fraise.

Les participants étaient invités à humer chaque odeur, d’abord sans savoir ce que c’était, puis à nouveau en en ayant été informés. Les sujets évaluaient les odeurs en fonction de l’attrait, de l’intensité, de la nature familière et de la comestibilité de celles-ci. Les chercheurs mesuraient aussi les réactions non verbales des sujets à chaque odeur, dont l’inspiration de l’odeur, l’activité des muscles faciaux, la respiration et le rythme cardiaque.

Les chercheurs ont constaté des différences importantes entre l’évaluation des mêmes odeurs par les sujets français et les sujets québécois. Par exemple, les Français évaluaient l’attrait du thé des bois beaucoup moins favorablement que les Québécois. En France, le thé des bois est beaucoup plus utilisé dans les produits médicinaux qu’au Canada, où on le trouve davantage dans les friandises. Les Québécois connaissaient mieux l’odeur de l’érable et du thé des bois que les Français, alors que ces derniers connaissaient mieux l’odeur de la lavande. Invités à décrire les odeurs, les sujets québécois réussissaient mieux à décrire l’érable et le thé des bois, tandis que les sujets français étaient meilleurs pour décrire la lavande. L’anis était évalué de façon similaire dans les deux cultures, mais était décrit plus souvent comme de la « réglisse » au Québec et de « l’anis » en France.

Le fait de fournir le nom des odeurs aux sujets a fait en sorte que ceux-ci ont évalué plus favorablement leur nature familière, leur attrait et leur comestibilité. De plus, les différences culturelles disparaissaient ou diminuaient lorsque le nom était fourni. C’était aussi le cas pour les réactions non verbales aux odeurs. Les résultats de l’étude semblent indiquer que les représentations mentales activées par le nom d’une odeur sont plus similaires entre les cultures que les représentations mentales activées par la seule information sensorielle. Les différences culturelles dans la perception des odeurs sont subtiles et sont facilement atténuées du simple fait de nommer ces odeurs.

Cette étude, dont les conclusions ont été publiées dans Chemical Senses (en anglais) le 21 septembre 2016, renforce l’idée selon laquelle le traitement d’une odeur par le cerveau ne se réduit pas à une simple réaction aux composés chimiques qui la forment. L’expérience antérieure de l’odeur et la connaissance de ce qu’est l’odeur entrent en ligne de compte.

Bien que d’autres études aient mené à des conclusions semblables, l’étude à laquelle a contribué Mme Djordjevic est unique en ce qu’elle consistait à comparer deux cultures qui partagent une langue et des traditions. Cela écartait donc la possibilité que la langue soit une cause des différences de réactions entre les groupes.

« En psychologie, nous appelons ces effets des “influences descendantes” et nous étions enthousiastes à l’idée d’approfondir notre compréhension de celles-ci, indique Mme Djordjevic. Même les processus fondamentaux tels que sentir une odeur sont perméables à nos origines et à nos connaissances. L’odorat occupe une partie très ancienne de notre cerveau. Étudier cet ancien système sensoriel nous aide à comprendre l’évolution de notre espèce. De plus, la perte de l’odorat est une manifestation répandue du vieillissement normal et de nombreuses affections neurologiques. L’étude de ces troubles peut nous fournir des indices sur les mécanismes de la maladie et les solutions thérapeutiques possibles. »

L’article a été adapté avec la permission de This link will take you to another Web site l’Université McGill.