Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada
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Ancien lauréat
Bourse commémorative E.W.R. Steacie de 2009

Andrew Hendry

Biologie évolutionniste

Université McGill


Andrew Hendry
Andrew Hendry

Charles Darwin concluait son traité révolutionnaire De l’origine des espèces par ces mots : « […] une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d’un commencement si simple, n’ont pas cessé de se développer et se développent encore ». Au cours des 150 dernières années, la controverse scientifique et sociale a porté sur l’évolution au passé. Mais qu’en est-il de l’assertion finale de Darwin sur le présent évolutionniste? Est-il réellement possible de voir l’évolution en action?

« L’évolution poursuit son œuvre sans répit tout autour de nous; nous n’avons pas à attendre des milliers ou des millions d’années pour le constater. Nous pouvons en rechercher les manifestations dans le présent », affirme le biologiste évolutionniste Andrew Hendry, lauréat d’une Bourse commémorative E.W.R. Steacie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) de 2009.

Et c’est exactement ce à quoi M. Hendry a employé ses talents d’observateur. Ce professeur agrégé de 40 ans est un chef de file mondial dans la documentation de l’évolution rapide, ou l’évolution contemporaine. Et en montrant que l’évolution est une force agissante de tous les instants, il a bouclé la boucle en ce qui concerne la conception traditionnelle de la manière dont agissent les environnements pour engendrer la sélection naturelle. Rejetant l’idée d’un processus à sens unique, M. Hendry se demande comment les organismes qui survivent façonnent à leur tour leur environnement, créant du même coup les conditions mêmes de la sélection naturelle.

« On reconnaît généralement que l’écologie est liée à l’évolution. Ainsi, la distribution des graines ou le climat a un rapport avec l’évolution des oiseaux, fait-il valoir. Mais on reconnaît moins facilement la relation inverse – les écologistes n’ont pas souvent pensé que l’évolution à court terme jouait un rôle dans l’étude de l’écologie contemporaine. »

Les premières recherches de M. Hendry ont toutefois amené les écologistes et les biologistes évolutionnistes à réfléchir et à revoir leurs idées sur la vitesse de l’évolution et ses implications écologiques. Dans un article publié en 2000 dans la revue Science, il a montré que des populations de saumons introduites dans de nouveaux environnements sauvages peuvent devenir partiellement isolées sur le plan de la reproduction en seulement 14 générations. Ce chiffre est incroyablement petit comparativement aux centaines voire aux milliers de générations que l’on croyait nécessaires auparavant à la formation d’une nouvelle espèce.

Des poissons, il est ensuite passé aux oiseaux. (Passionné de pêche, M. Hendry avait choisi la University of Victoria pour faire ses études de premier cycle en partie en raison des possibilités de pêche qu’offrait la région.)

L’idée d’étudier l’évolution rapide lui est venue après avoir lu un livre que sa mère lui avait offert à Noël. Ce livre, Beak of the Finch: A Story of Evolution in Our Time, de Jonathan Weiner, lauréat du prix Pulitzer en 1995, raconte l’histoire des biologistes évolutionnistes Peter et Rosemary Grant qui ont consacré leur vie à l’étude des pinsons des Galápagos et documenté l’évolution en action.

« Les Grant ont amorcé leurs travaux alors qu’ils étaient à l’Université McGill, raconte M. Hendry. Ainsi, mes travaux de recherche sur les pinsons des Galápagos portent précisément sur le système qui a été une si grande source d’inspiration pour Darwin et qui m’a fait souhaiter devenir biologiste évolutionniste. »

En 2006, en s’appuyant sur les données sur les pinsons des Galápagos qui ont été recueillies sur une période de cinquante ans, M. Hendry et ses collègues ont montré que l’influence humaine provoque non seulement l’extinction d’autres espèces, mais qu’elle freine également l’évolution des espèces. L’établissement humain de l’île de Santa Cruz et les changements qu’il a entraînés dans la végétation semblent avoir mis fin à la diversification d’une espèce de pinson qui forme maintenant deux espèces distinctes.

Dans le cadre des travaux de recherche qu’il mènera grâce à la Bourse Steacie du CRSNG, M. Hendry continuera d’examiner l’interaction en temps réel entre l’écologie et l’évolution. Ses travaux porteront sur des populations sauvages de guppys à Trinidad et d’épinoches en Colombie-Britannique ainsi que sur les fameux pinsons des Galápagos.

« Dans chacun de ces trois systèmes, nous avons de bonnes indications montrant que l’écologie influence l’évolution sur des périodes de temps relativement courtes. Ce que je veux faire maintenant, c’est d’examiner également la relation inverse, de sorte que dans chaque système, je puisse observer l’interaction entre l’évolution et l’écologie en temps réel. »

Si Darwin a fait allusion à la rapidité de l’évolution, dans De l’origine des espèces il a aussi écrit : « Ces lentes et progressives transformations nous échappent jusqu’à ce que, dans le cours des âges, la main du temps les ait marquées de son empreinte, […] ».

« Je serais vraiment curieux de savoir ce que Darwin pensait réellement à propos de la vitesse de l’évolution, indique M. Hendry. Il mentionne à un certain moment que de nouvelles espèces peuvent apparaître en seulement quelques milliers de générations. Mais, compte tenu de la controverse qu’il s’attendait à soulever, je pense qu’il a tout simplement mesuré ses propos. »