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Ancien lauréat
Bourse commémorative E.W.R. Steacie de 2003

Gary Saunders

Biologie

Université du Nouveau-Brunswick


Gary Saunders
Gary Saunders

La vie évolue en partant des organismes simples vers les plus complexes. N'est-ce pas? Faux, répond Gary Saunders, lauréat d'une Bourse commémorative E.W.R. Steacie du CRSNG de 2003 – l'un des prix les plus prestigieux du Canada en sciences et en génie. C'est grâce à la recherche qu'il a laborieusement réalisée au sujet de l'évolution d'un groupe d'organismes marins mal compris, les algues rouges, que M. Saunders peut soutenir son point de vue.

M. Saunders, professeur de biologie à l'Université du Nouveau-Brunswick, est l'un des rares chercheurs canadiens en taxonomie et en systématique des algues. Selon M. Saunders, « il existe une opinion répandue chez beaucoup de gens, et même, cela est étonnant, chez un grand nombre de biologistes, qui semblent ne pas pouvoir s'en défaire; il s'agit de la théorie selon laquelle l'évolution va toujours du plus simple au plus complexe. Ce n'est pas toujours le cas. Nous avons découvert, contrairement à ce que nous pensions antérieurement, que certaines des algues rouges les plus simples sont celles qui ont évolué le plus récemment. Ainsi, dans un certain sens, nous sommes en train d'inverser notre compréhension de l'évolution des algues. »

Il existe une variété d'algues rouges, des organismes unicellulaires aux grandes algues comme la mousse d'Irlande. Elles constituent un produit courant à l'échelle mondiale. Elles vivent dans les zones marines intertidales et infratidales et comptent jusqu'à 7 000 espèces au total.

« Je dirais qu'un individu moyen ne passe pas une journée sans côtoyer d'algues rouges dans ses activités quotidiennes », précise M. Saunders, qui a parcouru les zones littorales de la Colombie-Britannique, de l'Australie et dû Chili en quête de nouvelles espèces d'algues.

On se sert des polysaccharides contenus dans les algues rouges pour produire des émulsifiants et des gélifiants utilisés dans divers produits tels que la crème glacée et les cosmétiques. L'algue nori, la feuille utilisée pour faire les sushis, est également une algue rouge.

La recherche menée par M. Saunders au cours de la dernière décennie a pavé la voie à l'utilisation des nouvelles analyses génétiques pour la réinterprétation de l'histoire de l'évolution et des liens de parenté chez les algues rouges et plusieurs autres groupes d'algues.

Dans le passé, deux facteurs ont ralenti la détermination de l'arbre généalogique des algues rouges : ces organismes marins sont anatomiquement simples; ils ne comportent donc que peu de caractéristiques permettant des comparaisons et ils ne se fossilisent généralement pas. Il n'existe donc pratiquement pas de fossiles d'algues rouges. Par conséquent, les chercheurs du début du 20e siècle se sont tournés vers les stratégies de reproduction variées et obscures de ces algues pour les répartir dans des groupes biologiques.

Selon M. Saunders, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en systématique moléculaire et en biodiversité à l'Université du Nouveau-Brunswick, l'absence de caractéristiques physiques clairement définies et l'idée généralisée selon laquelle ces organismes marins sont « simples » a entraîné une sous-estimation de leur diversité.

« Je pense que cette idée est en bonne partie attribuable à Linné et à ses successeurs – qui pensaient que les algues ne sont qu'un chapeau de matières flottantes sur les étangs, qu'elles ne sont pas intéressantes, pas importantes et que leur diversité est restreinte, déclare M. Saunders. Nous trouvons maintenant que certains des groupes déterminés antérieurement ne sont en fait qu'un mélange confus de lignées très différentes. »

À titre de boursier Steacie, M. Saunders tentera de trouver de nouveaux marqueurs génétiques afin de « combler les lacunes » dans sa réévaluation génétique continue des liens entre les algues. Selon M. Saunders, ces travaux sont importants pour la recherche de nouvelles algues rouges ayant une valeur économique. Ils permettent de déterminer quelles espèces d'algues rouges sont les plus étroitement liées et donc les plus susceptibles d'avoir des propriétés similaires.

La recherche financée grâce à cette bourse établira en outre le lien entre la génétique des algues rouges et leurs étonnants mécanismes de reproduction; elle pourrait défier encore davantage les notions communément acceptées concernant l'évolution.

« Du point de vue de la biodiversité à l'échelle de la planète, les animaux et les plantes terrestres ne représentent que deux petits bourgeons dans l'arbre de la vie, fait remarquer M. Saunders. Selon moi, un grand nombre de nos idées sur la façon dont l'évolution a modelé la vie prendront peut-être des allures très différentes lorsque nous étudierons plus à fond les algues rouges. »