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Ancien lauréat
Bourse commémorative E.W.R. Steacie de 2003

Kim Vicente

Génie cognitif

University of Toronto


Kim Vicente
Kim Vicente

Pour prévenir les erreurs médicales qui entraînent la mort de milliers de Canadiens chaque année, il convient de revoir notre conception des interactions entre les humains et la technologie, selon M. Kim Vicente, qui s'est vu accorder une Bourse commémorative E.W.R. Steacie du CRSNG de 2003, l'un des plus prestigieux prix en sciences et en génie au Canada.

« Dans le domaine des soins de santé, lorsqu'il y a un problème, on blâme toujours la personne », affirme M. Vicente, professeur de génie à la University of Toronto. « Mais nous avons fait des expériences en proposant à des intervenants deux interfaces différentes pour un même instrument médical. Avec l'une de ces interfaces, ils font des erreurs qui peuvent mettre la vie des patients en danger, tandis qu'avec l'autre, ils n'en font aucune. On ne peut donc pas blâmer la personne pour toutes les erreurs. »

M. Vicente joue un rôle de premier plan dans le domaine du génie cognitif, qui connaît une expansion rapide. Les chercheurs qui œuvrent dans cette discipline s'efforcent de mettre au point des outils en tenant compte de la manière dont les personnes les utilisent, au lieu de s'en tenir uniquement à des considérations techniques.

En 1988, alors qu'il travaillait au Danemark avec le professeur Jens Rasmussen, un pionnier des interfaces homme-machine, M. Vicente a inventé l'expression « interface écologique ». Cette expression décrit une nouvelle méthode de conception de systèmes de contrôle de processus complexes qui tient compte de nos pensées, de nos perceptions et de nos comportements.

« Au lieu de présumer que les personnes vont s'adapter à des machines complexes, les ingénieurs cognitifs essaient de revoir la conception de systèmes technologiques en fonction de ce qu'ils connaissent de la nature humaine. Cela se traduit dans le quotidien par des instruments plus faciles à utiliser et qui engendrent moins de frustration. Dans le cas de systèmes plus complexes – énergie nucléaire, soins de la santé ou aviation, par exemple – le génie cognitif peut littéralement être une question de vie ou de mort », précise M. Vicente, qui est actuellement professeur éminent invité Hunsaker au Département d'aéronautique et d'astronautique du Massachusetts Institute of Technology.

Au cours de la dernière décennie, ce chercheur originaire de Toronto a appliqué les concepts de l'interface écologique à des systèmes aussi variés que les panneaux de commande des postes de pilotage et la conception de contrôles des processus dans les usines pétrochimiques et les centrales nucléaires. Ce genre de travail l'amène souvent à jouer le rôle de techno-anthropologue. Il y a plusieurs années, M. Vicente a passé une semaine à observer les opérateurs en poste pendant la nuit à la centrale nucléaire de Pickering.

Son groupe de recherche a été le premier à appliquer les principes du génie cognitif (aussi appelé ingénierie des facteurs humains) au remaniement d'instruments médicaux vendus dans le commerce. Ces dispositifs d'analgésie autocontrôlée sont utilisés dans les hôpitaux du monde entier et permettent aux infirmières et aux patients d'administrer des analgésiques.

En remodelant l'interface de ces instruments, notamment en faisant passer le nombre d'étapes possibles de 27 à 12, M. Vicente a démontré par ses travaux que le taux d'erreurs moyen parmi les utilisateurs chutait de moitié et que le facteur critique pour la santé (erreur causée par la programmation de la concentration du médicament) était entièrement éliminé.

« Même des infirmières utilisant l'ancienne interface depuis cinq ans ont obtenu de meilleurs résultats après seulement une demi-heure d'utilisation de l'interface redessinée », explique M. Vicente.

À titre de boursier Steacie, M. Vicente continuera d'explorer d'autres améliorations à apporter à la conception des dispositifs d'analgésie autocontrôlée – un projet dont l'application pourrait sauver des vies.

« Lorsque les infirmières se servent de ces appareils en milieu clinique, elles sont constamment interrompues. Selon notre hypothèse, ces interruptions ne devraient pas les empêcher de bien faire leur travail, grâce à notre conception qui tient compte des facteurs humains. »