Les entreprises canadiennes, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), font face à de nouveaux défis de taille – les marchés bien établis se contractent, et de nouveaux concurrents internationaux puissants se manifestent. Dans ce contexte, nombre d’entreprises sont à la recherche d’approches, de marchés et de produits nouveaux pour leurs processus opérationnels. Les établissements postsecondaires canadiens actifs en recherche possèdent une foule de capacités techniques qui peuvent aider les entreprises à s’ajuster et à adapter leurs produits et leurs procédés – en innovant pour trouver de nouvelles façons de soutenir la concurrence. Des approches nouvelles s’imposent pour mobiliser ces capacités de pointe afin d’aider les entreprises canadiennes à innover.
Les centres d’accès à la technologie (CAT) seront des installations modestes affiliées à un collège ou parfois à une université, qui appuieront l’innovation dans un secteur d’intervention important pour les entreprises (locales). Grâce aux subventions d’établissement de centres d’accès à la technologie (ECAT), l’équipe de direction (le gestionnaire, le responsable du marketing et l’administrateur) de chaque centre pourra mettre à profit les capacités techniques (des étudiants, des chercheurs, des professeurs et de certains appareils) au sein de leur établissement affilié. Les CAT aideront les entreprises à innover en leur fournissant des services techniques, notamment des analyses ou des essais techniques spécialisés, des projets de développement technologique, des conseils sur certains problèmes particuliers et l’aiguillage vers d’autres capacités. L’approche des CAT s’inspire d’un réseau qui a fait ses preuves au Québec.
Les CAT disposeront généralement de 10 à 50 personnes, soit le personnel de base, des employés contractuels, des étudiants et des professeurs, selon le niveau d’appui des entreprises. En qualité d’organismes distincts tirant parti des capacités de leur établissement d’accueil, les CAT pourront satisfaire aux besoins des entreprises en tenant compte de leurs réalités, soit en intervenant rapidement, en assurant la sécurité de l’information et en se concentrant sur les problèmes propres aux entreprises. Les CAT permettront aux étudiants participants d’acquérir une précieuse expérience et de se familiariser avec les problèmes et les approches propres aux entreprises. De plus, ils permettront aux professeurs d’acquérir une expérience pratique de nature à enrichir leur programme d’enseignement et à orienter leurs recherches ultérieures.
Le réseau proposé, regroupant 200 CAT qui stimulera l’innovation à l’échelle locale, est essentiel pour aider les PME canadiennes à connaître du succès grâce à des approches et à des produits nouveaux. Un budget annuel de 90 millions de dollars (5e année) est nécessaire pour assurer le financement de base de ces 200 centres.
Au cours de ses consultations portant sur la Stratégie en matière de partenariats et d’innovation, le CRSNG a constaté la nécessité d’établir ces centres. Les administrations publiques et organismes partenaires peuvent aider à définir les secteurs d’intervention des centres nécessaires dans leur province ou leur région et pourraient alléger la charge de travail des professeurs et financer l’infrastructure.
Dans une économie innovante, la réussite exige un puissant tissu d’innovation qui permet aux entreprises de valoriser les idées, en partie en mettant à profit le talent, les capacités et l’expertise des établissements postsecondaires publics (c.-à-d. les collèges et les universités) actifs en recherche.
Le Canada possède une grande diversité de régions et d’économies et est tributaire des PME. En outre, l’économie canadienne est fortement tributaire de l’extraction et de la transformation des ressources naturelles. Cependant, la situation actuelle suscite une vive inquiétude, car un plus grand nombre de concurrents internationaux fournissent des ressources naturelles et des produits manufacturés sur des marchés auparavant dominés par le Canada. Cette situation incite un nombre croissant d’entreprises à rechercher des marchés, des produits et des procédés nouveaux pour devancer la concurrence. De plus en plus, les entreprises s’efforcent d’innover grâce à la technologie.
Le Canada se classe au deuxième rang mondial pour la proportion des dépenses de recherche et développement (R et D) dans le secteur de l’enseignement postsecondaire (en particulier les universités)2. Il s’agit principalement de fonds publics provenant en grande partie des organismes subventionnaires fédéraux. Par conséquent, une cinquantaine d’universités canadiennes contribuent grandement au savoir scientifique et technique. Les collèges canadiens, qui sont d’excellents établissements pour former des diplômés dans des disciplines pratiques, souhaitent de plus en plus faire de la recherche appliquée en collaboration avec des entreprises. Ces établissements possèdent des capacités techniques exceptionnelles qui présentent un intérêt pour les entreprises innovantes. Au Canada et dans le reste du monde, les établissements postsecondaires sont structurés de manière à former les diplômés dans un horizon qui se mesure en années; ils constituent un forum où l’on encourage un échange ouvert d’idées et où le succès des chercheurs repose généralement sur la création de connaissances nouvelles (potentiellement perturbatrices). Le plus souvent, il faut attendre de nombreuses années avant qu’une partie de ces connaissances (en même temps que d’autres résultats de la recherche) soient appliquées au profit de la société.
Les grandes entreprises au Canada, qui effectuent la grande majorité de la R et D dans le secteur privé, tirent parti de ces capacités du secteur public – en effet, à l’échelle mondiale, les universités canadiennes reçoivent du secteur public la plus grande proportion du financement de la R et D menée dans le secteur privé. Ces entreprises ont les ressources et la patience voulues pour établir des relations avec différents groupes de recherche universitaires, conclure des ententes de collaboration et, qui plus est, définir et financer à long terme des projets de recherche préconcurrentielle qui mettent à profit les points forts des établissements postsecondaires. À l’heure actuelle, on compte peut-être 3 000 entreprises qui mènent de la R et D en collaboration avec les universités et 3 500 autres qui collaborent avec les collèges et les écoles polytechniques.
Au Canada, la grande majorité des 20 000 entreprises actives en R et D ne collaborent pas directement avec les universités ou les collèges. Il s’agit le plus souvent de petites entreprises (moins de 50 employés) qui consacrent en moyenne moins de 250 000 $ par année à la R et D. Ces entreprises mettent généralement en œuvre des projets d’innovation visant à apporter des améliorations graduelles aux produits ou procédés existants, dont le délai d’exécution se compte en semaines et qui sont exploitées sur une base commerciale (au lieu de faire l’objet de publications). Une proportion appréciable de ces entreprises font de la recherche de façon occasionnelle, si bien qu’elles n’ont probablement pas de personnel de R et D à temps plein (par exemple, environ 50 % d’entre elles font de la recherche pendant un ou deux ans sur une période de sept ans, et seulement 10 % en font sur une base continue3). En s’efforçant de s’adapter au marché, les PME ne cherchent pas à établir des relations à long terme en recherche; elles n’ont ni les moyens financiers ni l’expertise nécessaires pour négocier des ententes de collaborations dans le cadre de projets et elles peuvent rarement se permettre de mener des travaux de recherche à long terme. Ces entreprises s’attendent généralement à obtenir un rendement sur leurs investissements dans leurs projets d’innovation dans un délai de 12 à 18 mois. Les structures et les approches universitaires ne répondent guère aux besoins de ce type d’entreprises en matière d’innovation. La satisfaction des besoins des PME représente une très bonne occasion d’améliorer le rendement du Canada à cet égard – pour les PME, les capacités techniques et l’expertise de nos établissements postsecondaires peuvent s’avérer un précieux complément aux capacités à leur disposition sur le marché.
Si l’innovation repose sur une utilisation à risque élevé des ressources d’une entreprise, les collaborations visant à faire progresser une innovation représentent un investissement de temps et de ressources qui comporte un risque encore plus grand. Les entreprises doivent faire confiance à leurs partenaires – elles établissent plus facilement des liens de confiance avec des organismes locaux qui parlent le langage de leurs clients et qui peuvent s’adapter à leurs besoins.
Les entreprises qui mettent au point une technologie ou innovent ont besoin de toute une gamme de capacités techniques, administratives et financières au cours du processus d’innovation. Au fil de l’évolution des projets d’innovation, on découvre souvent de nouvelles exigences techniques. C’est pourquoi les entreprises doivent avoir facilement accès à l’expertise, aux ressources et aux capacités qui leur font défaut.
Dans une grappe économique bien établie, les entreprises offrent toute une gamme de services techniques et administratifs (par exemple, de l’élaboration des contrats à l’appui de personnel spécialisé). Les sources locales de capital de risque sont essentielles pour les grappes qui font valoir des idées potentiellement perturbatrices pour lesquelles elles ne disposent ni de liquidités et ni de financement bancaire. On constate souvent dans les différentes régions du Canada des grappes naissantes qui n’ont pas l’infrastructure, les ressources ni les capacités voulues pour appuyer efficacement l’innovation dans le secteur privé.
Le secteur public propose aux PME canadiennes un éventail de mécanismes d’appui à l’innovation. Les administrations provinciales prennent souvent le leadership en créant et en appuyant des politiques pour stimuler leurs régions économiques. Les organismes de développement économique régional, comme Diversification de l’économie de l’Ouest Canada (DEO) et l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), fournissent souvent une partie du financement à l’appui des projets d’innovation. Par ailleurs, le Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches Canada (PARI-CNRC)4 et ses conseillers en technologie industrielle donnent des conseils, aiguillent les entreprises vers d’autres ressources et fournissent un investissement financier pour les projets de R et D. Le programme de crédit d’impôt à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS-DE) constitue une source de financement vitale pour de nombreuses petites entreprises très actives en recherche.
Les établissements postsecondaires canadiens actifs en recherche possèdent des capacités techniques très intéressantes qui peuvent servir de complément à l’aide financière et administrative offerte aux entreprises locales par les organismes de développement économique régional, le crédit d’impôt à la RS-DE et le PARI-CNRC. Toutefois, les caractéristiques propres aux universités (de longs cycles de formation, la culture de mise en commun de l’information et la motivation à créer du savoir) limitent l’accès des entreprises à ces capacités techniques spécialisées de grande valeur. Le Canada a besoin d’organismes qui peuvent mettre à profit les capacités des établissements postsecondaires, notamment leur expertise et leurs autres ressources, pour répondre aux besoins des entreprises en matière d’innovation. Les pays concentrent de plus en plus leurs efforts sur l’infrastructure de recherche et d’innovation pour aider leurs entreprises à soutenir la concurrence sur la scène mondiale.
Compte tenu des lacunes importantes au chapitre de l’aide à l’innovation à la disposition des PME, le CRSNG prévoit établir un réseau de CAT. Ces installations modestes dotées d’un personnel de base financé par une subvention d’ECAT bénéficieront d’installations matérielles associées à leur établissement postsecondaire d’accueil (et seront généralement situées sur leur campus) et mettront à contribution les étudiants et les professeurs de l’établissement.
Ces centres :
Les CAT assureront aussi la liaison avec d’autres sources d’aide à l’innovation (le PARI-CNRC, des agents de développement économique, d’autres établissements postsecondaires, des instituts du CNRC et des centres d’excellence en recherche et en commercialisation [CECR]). Il s’agit d’un excellent endroit pour loger le bureau des conseillers en technologie industrielle du PARI. Le CRSNG a un rôle à jouer dans la mise sur pied des CAT, mais d’autres organismes gouvernementaux ont aussi un rôle essentiel (consultez ci-après la rubrique Un partenariat axé sur la collaboration).
Le secteur des entreprises ciblé et l’établissement d’accueil bénéficieront des retombées des CAT.
Pour les entreprises d’une région, les CAT offriront :
Le succès des premières expériences des CAT encourageront les entreprises à devenir encore plus prospères en innovant.
Parmi les retombées typiques d’un CAT sur l’établissement d’accueil, mentionnons notamment :
Les CAT mettront à profit et feront valoir les excellentes capacités à leur disposition au sein des établissements postsecondaires canadiens.
Les administrations publiques qui investissent dans les CAT bénéficieront aussi de retombées, notamment :
De façon générale, un CAT sera doté des éléments suivants :
Les CAT seraient un excellent endroit où loger le bureau des conseillers en technologie industrielle du PARI-CNRC ou des agents de développement économique régional.
La valeur de la subvention d’ECAT sera d’au plus 350 000 $ par année; la subvention sera affectée aux dépenses au titre du personnel administratif de base et peut-être d’un ou deux spécialistes techniques. Parmi les autres ressources requises pour assurer le succès des CAT, mentionnons l’appui à la participation de professeurs et d’employés du collège ou de l’université au sein du centre (pour l’allégement de la charge de travail des professeurs) et le financement de l’infrastructure et des appareils s’il y a lieu.
Avec plus de 150 campus collégiaux et 50 universités, tout indique qu’il faudra au moins 200 centres pour assurer un accès efficace à leurs capacités aux 20 000 entreprises actives en R et D au Canada5. Ce nombre de CAT nécessitera environ 90 millions de dollars par année (pour les subventions d’ECAT, le financement de projets connexes et des bourses d’études)6.
Les CAT aideront l’établissement d’accueil à contribuer au développement économique de leur région. Les secteurs d’intervention des CAT d’une province ou d’une région pourront être définis par les organismes provinciaux et fédéraux ou en collaboration avec eux, et le financement devrait être accordé par voie de concours. Outre l’aide du CRSNG au titre de l’administration de base, certains centres auront besoin d’infrastructure (des appareils, des rénovations et peut-être d’installations). La participation des professeurs serait accrue si on allégeait leur tâche d’enseignement (particulièrement dans les collèges, où la recherche ne constitue généralement pas un élément obligatoire de leurs responsabilités). La Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) et les organismes de développement régional pourraient fournir une aide au titre des appareils, tandis que les organismes provinciaux pourraient prendre en charge l’allégement de la tâche d’enseignement des professeurs.
Les CAT pourraient être des organismes sans but lucratif appartenant à un établissement postsecondaire. Le conseil d’administration de chaque CAT pourrait être composé de représentants des entreprises locales, de l’établissement d’accueil et d’organismes à vocation économique importants dans la région (des organismes de développement économique régional, le PARI‑CNRC et des chambres de commerce). Les centres présenteront aux organismes de financement des rapports sur leurs interactions, leurs résultats et leur activité financière chaque année; les centres seront réévalués tous les cinq ans. Les CAT peuvent également être créés en tant que départements spécialisés d’un collège qui devraient être dotés d’un comité consultatif composé de membres internes et externes.
Les CAT ont pour objet de renforcer la capacité des entreprises, en particulier dans le secteur des PME, à résoudre les problèmes et à devenir plus productive et innovante en ayant accès à la technologie, à une expertise et à des appareils.
En poursuivant cet objectif, les CAT toucheraient des revenus provenant du secteur privé en plus de recevoir des fonds de fonctionnement de sources publiques. On prévoit que les revenus tirés des services au secteur privé représenteront en moyenne au moins le triple du financement pour le fonctionnement de base dans le cas des centres comptant au moins cinq ans d’expérience. De même, dès la cinquième année, les centres auraient en moyenne un effectif de 10 équivalents temps plein, en incluant les professeurs et les employés (partiellement) libérés de leurs responsabilités au sein de l’établissement.
Différents résultats immédiats montreraient si les CAT réalisent cet objectif, par exemple :
Les attentes relatives à la performance varieraient d’un centre à l’autre en fonction de divers facteurs, notamment le secteur privé visé, le nombre d’années d’activité du centre et les possibilités régionales, mais les éléments ci-après indiqueraient le niveau global de l’effet escompté des centres :
| Indicateur | Cible |
|---|---|
| Le nombre de clients qui utilisent les services | 55 par centre par année |
| Le nombre d’emplois créés par les entreprises | 3 par centre par année |
| La proportion de clients qui reviennent | 40 % des clients ont déjà fait appel à un CAT |
On s’attend à ce qu’une période pouvant atteindre cinq ans s’écoule avant qu’un CAT ait des retombées appréciables.
Le Québec a mis en place un réseau de 41 centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) sur une période de plus de 25 ans, et le gouvernement s’est engagé à porter leur nombre à 45. Le réseau des CCTT joue un rôle primordial dans le système d’innovation de la province. Une récente évaluation7 (2008) portant sur 28 CCTT a permis de recueillir des données convaincantes témoignant de leur efficacité. Différentes constatations sont ressorties de l’évaluation, qui repose sur un sondage mené auprès des clients des CCTT :
