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Atteindre son plein potentiel : les femmes et les filles en sciences

Nouvelles des programmes

6 mars 2020

Danika Goosney
Vice-présidente, Direction des subventions de recherche et bourses

J’ai encore mon premier microscope que m’a offert mon père, un ingénieur chimiste, alors que je fréquentais l’école primaire. C’était un véritable instrument scientifique qui comportait des lentilles grossissant jusqu’à 100 fois et qui était muni d’une lampe dont la lumière était réfléchie par un miroir dans l’axe des lentilles. Je le rangeais dans une grosse boite noire qui fermait à clé. C’est ainsi qu’est née ma passion indéfectible pour les sciences.

Je suis heureuse d’avoir eu des parents qui m’ont appuyée et qui ont soutenu mon intérêt pour les sciences pendant ma jeunesse. À cette époque, je ne connaissais aucune femme scientifique qui aurait pu m’inspirer ou dont j’aurais pu suivre les traces. Marie Curie m’a toujours semblé davantage un personnage historique qu’un modèle.

Je pense souvent au test du portrait de scientifique conçu par David Chambers à la fin des années 1960. De 1966 à 1977, M. Chambers a fait passer ce test à près de 5 000 enfants d’âge scolaire qui devaient dessiner leur vision d’un scientifique. Le résultat a été plutôt sombre : seulement 28 dessins représentaient une femme et tous étaient dessinés par des filles.

Ce test a été repris au cours des cinq dernières décennies. Malgré les progrès réalisés, ni les résultats, ni la représentation réelle des femmes en sciences comparativement à celle des hommes n’indiquent que nous avons atteint la parité.

Ce n’est surement pas une question de capacité. À l’école, la majorité des filles s’intéressent aux sciences et aux mathématiques, les comprennent et ont des aptitudes dans ces domaines, mais seulement une minorité les exploitent et entreprennent une carrière scientifique. Pourquoi? Parce qu’il existe encore des obstacles tels que les préjugés systémiques et les idées préconçues dépassées au sujet du rôle des femmes en sciences et que ces obstacles se dressent dès l’enfance.

Une étude réalisée par l’Institution of Engineering and Technology du Royaume-Uni souligne que les jouets associés aux sciences, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM) sont destinés trois fois plus souvent aux garçons qu’aux filles dans les sites Web de vente au détail. Une autre étude montre que les parents achètent plus souvent ces jouets pour leurs fils et beaucoup moins souvent pour leurs filles (Inman et Cardella).

Volontairement ou non, l’intérêt des filles pour les sciences est découragé. Celles qui malgré tout décident d’entreprendre des études en sciences se heurtent à d’autres obstacles, comme la croyance dépassée voulant que les jeunes femmes doivent choisir entre la maternité et la carrière ou les microagressions et préjugés plus subtils mais toujours présents auxquels elles sont confrontées quotidiennement.

Ces obstacles peuvent parfois être inconscients, mais ils nuisent de fait à toute la société. Des preuves irréfutables montrent qu’il est essentiel que les femmes soient présentes dans les domaines scientifiques pour que les résultats soient plus utiles et significatifs. De fait, l’exclusion des femmes empêche les progrès scientifiques. La suppression des obstacles, la multiplication des possibilités qui leur sont offertes et leur intégration leur ouvriraient les portes d’une carrière en sciences et assureraient un meilleur avenir à tous.

Il existe aujourd’hui dans l’ensemble du pays une vaste gamme de programmes qui offrent aux jeunes filles des possibilités en sciences qui n’existaient pas à l’époque où je faisais la mise au point de mon premier microscope. Le CRSNG est fier d’appuyer ces initiatives par l’entremise de son Programme PromoScience. En outre, il établit des partenariats avec des bibliothèques, des musées, des centres des sciences et d’autres organismes de STIM pour organiser des célébrations nationales telles que l’Odyssée des sciences, la Semaine de la culture scientifique et le concours des Petits Inventeurs. Chacune de ces activités offre aux jeunes filles et femmes des possibilités de développer leurs compétences et de présenter leurs idées sur un sujet qui les passionne, que ce soit la science de la musique, des sports, des baleines, des trous noirs... il n’y a pas de limites.

Adolescente, j’ai vécu ma première expérience de recherche dans le cadre d’un stage d’été payé qui s’est déroulé dans un laboratoire de biologie du Sir Wilfred Grenfell College grâce au Programme de chaires pour les femmes en sciences et en génie de Terre-Neuve-et-Labrador. Mon microscope a éveillé mon amour pour les sciences, mais ce travail en laboratoire m’a confirmé que je m’y intéresserais pour le reste de ma vie.

Depuis ce premier stage, ma carrière scientifique m’a permis de rencontrer des gens des quatre coins du monde, tant dans les laboratoires que pendant mes voyages à l’étranger. J’ai vécu dans diverses provinces, de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique, puis j’ai descendu la côte pour travailler en Californie. J’ai rencontré dans les laboratoires des gens provenant de plus de 15 pays différents qui avaient la même passion pour la recherche. J’ai eu accès à ces possibilités uniquement parce que j’ai pu poursuivre ma passion pour les sciences.

C’est pourquoi à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles en science, j’aimerais que nous nous rappelions que nous avons tous un rôle à jouer pour réduire les obstacles et encourager les filles et les femmes. En ne donnant pas aux femmes un accès égal à toutes les possibilités de mettre leurs talents à profit dans les domaines des sciences et du génie, nous limitons la future prospérité du Canada.

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