Plan stratégique du CRSNG pour 2030


Des documents pour lancer les discussions

Soutenir la recherche à haut risque et à haut rendement

Le présent document fait partie d’une série de documents de travail préparés par le personnel du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour stimuler la discussion dans le cadre de l’élaboration du Plan stratégique du CRSNG pour 2030. Les idées présentées dans ce document ne constituent pas des orientations stratégiques; elles visent plutôt à alimenter les discussions parmi les parties prenantes du CRSNG. Par ailleurs, la mise en œuvre des idées proposées ne nécessiterait pas de nouveau financement au titre des programmes et n’entrainerait pas de compressions dans les programmes en place.

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Contexte

Depuis quelques années, le milieu de la recherche et les organismes de financement craignent qu’une hausse du conservatisme mène à des recherches ne donnant lieu qu’à des avancées timides. Selon un document de travail publié en 2021 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), « le problème sous-jacent […] c’est que le fait de ne pas encourager et soutenir la recherche sur des idées risquées et sortant des sentiers battus peut menacer la capacité à long terme d’un pays à rivaliser économiquement, à utiliser la science pour résoudre des problèmes nationaux et mondiaux, et à contribuer au progrès scientifique global » (OCDE, 2021a).

La recherche à haut risque et à haut rendement se caractérise par sa « fondamentalité », sa généralité (application à un grand nombre de domaines de recherche) et son innovation (bond en avant par rapport à l’état des connaissances) (OCDE, 2021b). Le rapport Dynamiser la découverte du Conseil des académies canadiennes (CAC) (CAC, 2021) indique que la recherche à haut risque et à haut rendement est souvent multidisciplinaire ou interdisciplinaire et pourrait être mieux appuyée par des mécanismes de financement flexibles et non conventionnels. Pour les organismes de financement, la difficulté consiste à trouver le juste équilibre entre des facteurs concurrents qui influent sur les risques organisationnels et financiers qu’ils doivent assumer : les répercussions possibles de la proposition et la probabilité de réussite du projet. Par ailleurs, les chercheuses et les chercheurs, qui dépendent des subventions, ont tendance à éviter les risques. Il est donc possible que de nombreuses idées susceptibles d’avoir d’importantes retombées ne soient jamais présentées. Le vaste éventail d’obstacles au soutien à la recherche à haut risque par les organismes de financement comprend leur volonté de pouvoir justifier l’utilisation des fonds publics, le conservatisme des comités d’évaluation dans le contexte du financement par voie de concours et le désir des chercheuses et des chercheurs d’éviter l’échec d’un projet, étant donné les conséquences négatives possibles pour leur titularisation et leur carrière.

À la lumière du rapport de l’Examen du soutien fédéral aux sciences (Conseil consultatif pour l’examen du soutien fédéral à la recherche fondamentale, 2017), qui décrit le bon soutien à la recherche à haut risque et à haut rendement comme l’une des caractéristiques modernes d’un écosystème de recherche florissant, l’allocation de nouveaux fonds dans le budget de 2018 a mené à la création du fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR). Ce fonds interorganismes permet de soutenir des projets de recherche interdisciplinaires et à haut risque sur une période de deux ans. Les projets présentés ne sont pas tenus de relever du mandat de plus d’un organisme subventionnaire, mais doivent proposer une approche interdisciplinaire inédite. Les projets sont évalués selon de nouveaux mécanismes (p. ex. évaluation à double insu et comités d’évaluation interdisciplinaires). La possibilité d’échec du projet est évoquée dans la documentation du concours et les directives remises aux membres des comités. L’octroi de subventions à court terme vise un équilibre entre le risque financier assumé par les organismes subventionnaires et le temps nécessaire pour tester les idées. Lorsqu’un projet obtient des résultats prometteurs, on considère que les risques qu’il représente sont réduits; il peut alors être présenté au titre dans le cadre d’autres programmes de financement des organismes en vue d’un soutien à plus long terme. Comme les premiers projets financés par le FNFR ne sont pas encore arrivés à terme, nous ne disposons actuellement d’aucune donnée sur le rendement de cette structure de programme en ce qui concerne le soutien à la recherche à haut risque et à haut rendement. Selon le FNFR, ce type de recherche se définit, dans le contexte du CRSNG, comme des projets qui proposent d’explorer l’inédit, mais pourraient échouer, et qui pourraient avoir des répercussions considérables. Ces projets peuvent faire appel à plusieurs disciplines des sciences naturelles et du génie (SNG), mais il ne s’agit pas d’une obligation. La possibilité d’obtenir un haut rendement fait contrepoids au risque d’échec; on pense à des projets qui ont une incidence économique, scientifique ou technologique, qui transforment la pensée conventionnelle ou rompent avec elle, etc.

Le CRSNG s’efforce depuis au moins 20 ans d’améliorer son soutien à la recherche à haut risque et à haut rendement dans ses programmes, principalement ceux du portefeuille de subventions à la découverte. Destinées à des programmes de recherche fondamentale, ces subventions laissent beaucoup de latitude quant à l’orientation des projets au cours de la période de financement relativement longue de cinq ans. Ces caractéristiques des subventions à la découverte peuvent favoriser une certaine prise de risques dans la recherche (CAC, 2021, p. 75-78). En effet, l’évaluation de 2020 du Programme de recherche axée sur la découverte a révélé que ces subventions permettent aux équipes de recherche de prendre des risques et de suivre des chemins de traverse, tandis que les suppléments d’accélération à la découverte contribuent à accélérer ce processus. Cependant, les chercheuses et chercheurs ont indiqué que les niveaux de financement étaient trop bas; un financement inadéquat peut limiter la capacité des programmes subventionnés à intégrer des éléments à haut risque. Selon les résultats du sondage effectué lors des consultations de la phase 1 sur le plan stratégique du CRSNG pour 2030, la recherche à haut risque et à haut rendement n’est pas considérée comme une grande priorité.

Les projets financés par les programmes du CRSNG exigeant une contribution en espèces des partenaires sont généralement moins susceptibles d’échouer. Bien que certaines nouvelles possibilités de financement destinées aux collèges et certaines subventions Alliance ne demandent pas de contrepartie financière et intègrent des facteurs encourageant la recherche à haut risque et à haut rendement, il s’agit d’un objectif secondaire, et il est encore trop tôt pour évaluer les répercussions considérables potentielles. Ce constat concorde avec celui du Conference Board du Canada qui, dans son bilan comparatif de l’innovation (Innovation Report Card, Conference Board du Canada, 2021), attribue une cote faible à la recherche et au développement (R et D) des entreprises en indiquant que jusqu’à récemment, « les entreprises canadiennes avaient peu de concurrents, offraient des ressources à prix élevés et profitaient en général de bons échanges commerciaux et d’autres conditions favorables. Elles n’avaient pas eu à innover autant que les entreprises d’autres pays pour faire des profits. »

Un programme intéressant qui met l’accent sur les chercheuses et les chercheurs et sur l’incidence qu’elles et ils pourraient avoir est le National Institutes of Health Director’s Pioneer Award aux États-Unis (l’un des programmes visant la recherche à haut risque et à haut rendement des National Institutes of Health [NIH ADC, 2019]). Ce programme et les pratiques fructueuses et prometteuses présentées dans le rapport du CAC (CAC, 2021, p. 112) méritent d’être envisagés par le CRSNG pendant qu’il prépare sa future stratégie à l’égard de la recherche à haut risque et à haut rendement.


Possibilités

Le CRSNG pourrait explorer différentes approches de financement pour encourager la recherche à haut risque et à haut rendement en sciences naturelles et en génie (SNG). Quelques pratiques sont décrites dans le rapport du CAC.

Il serait possible d’améliorer la reconnaissance et l’évaluation du haut risque et du haut rendement dans les programmes de financement existants du CRSNG en intégrant explicitement ces facteurs dans les critères d’évaluation et les indicateurs de mérite, et en donnant aux évaluatrices et aux évaluateurs des directives et des lignes directrices supplémentaires afin que les propositions comportant des risques ne soient pas pénalisées. Les éléments à haut risque et à haut rendement pourraient être considérés comme porteurs de valeur, sans devenir obligatoires. Il faudrait prendre en compte et atténuer les répercussions éventuelles, notamment sur la question de l’équité, de la diversité et de l’inclusion.

Voici quelques idées pour de nouvelles possibilités de financement axées sur les projets à haut risque et à haut rendement :

  • Prix de reconnaissance et de soutien aux titulaires de subvention à la découverte qui présentent des propositions audacieuses et sont susceptibles de réaliser d’importantes percées;
  • Possibilité de financement du CRSNG permettant aux titulaires d’une subvention du volet Exploration du FNFR de pousser leur recherche une fois les risques « écartés »;
  • Possibilité de financement pour la recherche en SNG à haut risque et à haut rendement qui pourrait, par exemple, définir le haut risque en langage clair, ne comprendre aucune exigence concernant les données préliminaires, et offrir du financement sur une plus longue période ainsi qu’une latitude accrue quant à la modification de l’orientation du projet;
  • Possibilité de financement en SNG visant la résolution de grands défis mondiaux, qui sont souvent à long terme, à haut risque, interdisciplinaires, multisectoriels et internationaux, et nécessitent des collaborations inédites.

Le CRSNG pourrait aussi adopter de nouvelles approches stratégiques (p. ex. celles décrites dans les rapports de l’OCDE et du CAC) dans tous ses programmes afin de soutenir la recherche à haut risque et à haut rendement, notamment améliorer la formation des évaluatrices et des évaluateurs et utiliser de nouveaux processus d’évaluation (p. ex. évaluation à double insu, demandes exemptes de renseignements personnels, vote « coup de cœur » pour une proposition exceptionnelle ou sélection aléatoire). De plus, le fait d’examiner et de gérer les considérations relatives au risque et au rendement élevés à l’échelle du portefeuille de recherche plutôt que pour chacun des projets pourrait favoriser la prise de risques dans les projets.


Points à considérer

Bon nombre de pays et d’organismes de financement cherchent à améliorer le soutien à la recherche à haut risque et à haut rendement. Si le Canada et le CRSNG n’y parviennent pas, le pays risque de perdre du terrain par rapport à ses homologues en ce qui a trait aux possibilités de faire croitre l’économie et de contribuer à résoudre les défis mondiaux. En outre, l’inaction pourrait nuire à la capacité du Canada d’attirer et de retenir les talents les plus brillants et les investissements étrangers. Toutefois, il pourrait être difficile de justifier l’importance accrue accordée à ce type de recherche auprès du gouvernement comme du public. Un soutien plus substantiel du CRSNG pourrait être vu comme inutile, étant donné que le FNFR est un programme interorganismes. Par ailleurs, les méthodes de mise en œuvre comportent des risques (p. ex. si le Programme de subventions à la découverte est le seul mécanisme disponible, les chercheuses et chercheurs en début de carrière pourraient être dissuadés de chercher du financement pour leurs idées à haut risque et à haut rendement, puisque le rejet de leur demande ou l’échec de leur projet ou du personnel hautement qualifié pourrait nuire à leur titularisation et à leur avancement).

Pour évaluer les effets de son appui à ce type de recherche, le CRSNG pourrait s’inspirer des méthodes utilisées dans d’autres programmes et de leur évaluation (p. ex. FNFR, National Institutes of Health Director’s Pioneer Award), tant pour l’ensemble du programme de recherche que pour chaque projet pris individuellement. Parmi les indicateurs de rendement envisageables, notons le pourcentage de projets financés qui ont partiellement ou entièrement atteint les objectifs proposés (en s’attendant à un certain pourcentage d’échecs), et la mesure dans laquelle les résultats ont été obtenus en rompant avec les perspectives actuelles ou en utilisant des approches ou des techniques difficiles.


Questions à aborder

  • Quels obstacles et quelles difficultés entravent actuellement la réalisation de recherches à haut risque et à haut rendement dans les secteurs universitaire, public et privé du Canada?
  • Dans quelle mesure est-il plus important de soutenir la recherche à haut risque et à haut rendement en SNG plutôt que la recherche interdisciplinaire en général?
  • Comment le CRSNG peut-il s’inspirer des nouveaux programmes et mécanismes d’évaluation non conventionnels pour améliorer le soutien à la recherche à haut risque et à haut rendement offert par le truchement de ses possibilités de financement (nouvelles et existantes)?
  • Quels sont les risques et les avantages, pour le CRSNG, de créer une possibilité de financement pour appuyer la recherche à haut risque et à haut rendement par opposition à modifier ou à améliorer les programmes qu’il offre déjà?

Références

CAC (Conseil des académies canadiennes). Dynamiser la découverte : le comité d’experts sur les pratiques internationales pour financer la recherche en sciences naturelles et en génie,Ottawa (Ontario), Conseil des académies canadiennes, 2021. En ligne : https://www.rapports-cac.ca/wp-content/uploads/2021/05/Dynamiser-la-decouverte-Rapport_FR_DIGITAL_FINAL.pdf.

Conference Board du Canada. Innovation Report Card, 2021. En ligne : https://www.conferenceboard.ca/focus-areas/innovation-technology/innovation-report-card. (en anglais)

Conseil consultatif pour l’examen du soutien fédéral à la recherche fondamentale. Investir dans l’avenir du Canada : consolider les bases de la recherche au pays, Ottawa (Ontario), Examen du soutien fédéral aux sciences, 2017. En ligne : https://publications.gc.ca/collections/collection_2017/isde-ised/Iu4-223-2017-fra.pdf.

NIH ADC (National Institutes of Health, Advisory Committee to the Director). Report of the ACD Working Group on High-Risk, High-Reward Research, 2019. En ligne : https://acd.od.nih.gov/documents/presentations/06132019HRHR_B.pdf. (en anglais)

OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).« Effective policies to foster high-risk/high-reward research », Documents de travail de l’OCDE sur la science, la technologie et l’industrie, no 112 (2021a), Paris (France), Éditions OCDE. En ligne : https://doi.org/10.1787/06913b3b-en. (en anglais)

OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).« Quantitative indicators for high-risk/high-reward research », Documents de travail de l’OCDE sur la science, la technologie et l’industrie, no 2021/07 (2021b), Paris (France), Éditions OCDE. En ligne : https://doi.org/10.1787/675cbef6-en. (en anglais)

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